08 août, 2017

Charlie Gard a ouvert les yeux et regardé ses parents au moment de mourir

-->

Mais son affaire va déboucher sur un nouvel eugénisme

Charlie Gard a ouvert les yeux et regardé ses parents au moment de mourir : c’est la confidence déchirante faite par Chris Gard et Connie Yates dans une interview publiée par le Daily Mail de Londres. Et l’on apprend aussi que le bébé – courageux petit soldat jusqu’au bout – a mis 12 minutes à mourir depuis l’instant où sa ventilation a été stoppée. Douze longues minutes où son cœur a continué de battre, alors qu’il mourait techniquement, de suffocation. Il n’a pas bénéficié d’une mort naturelle au terme de sa vie, entouré des soins palliatifs dont il pouvait avoir besoin pour éviter de souffrir. On a décidé pour lui de l’heure de sa mort.

Dans cette affaire en effet, je n’ai pas souvenir qu’on ait parlé de son espérance de vie naturelle. Atteint d’une grave maladie génétique orpheline, un syndrome de déplétion de l’ADN mitochondrial, son état n’a cessé de se dégrader depuis le premier diagnostic posé lorsqu’il avait 3 mois. Si – contrairement à ce qu’avait affirmé le corps médical – Charlie ne souffrait pas de lésions cérébrales graves et irréversibles, l’état de ses muscles était, lui, en régression, de telle sorte qu’il n’était même plus possible de lui appliquer le traitement expérimental que désiraient pour lui ses parents.
Ce qui semble indiquer que, ses muscles se dégradant progressivement, il serait mort naturellement dans un avenir prévisible. On a pu lire ici ou là que sa résistance – Charlie avait près d’un an lorsqu’il a été… tué – était exceptionnelle. On n’a pas d’exemple de nouveau-né survivant aussi longtemps avec ce syndrome.

Charlie Gard a regardé ses parents


C’est ce qu’il faut avoir présent à l’esprit dans l’affaire Charlie Gard : si le cas peut se présenter sans doute où une ventilation artificielle installée en fin de vie peut être considérée comme un « soin extraordinaire », et que causant des souffrances démesurées, elle peut légitimement être débranchée, il n’en allait pas ainsi pour Charlie dont rien ne permettait de dire ni qu’il souffrait atrocement ni qu’il était à l’article de la mort.

En cette occurrence, ce sont les parents de Charlie qui, las, épuisés par les pressions de ceux qui leur reprochaient de prolonger inutilement ce qui n’était pourtant pas une agonie, ont accepté le principe du débranchement lorsqu’ils ont appris que l’état des muscles de leur enfant s’était dégradé. Objectivement ils ont consenti à la mort prématurée du bébé, même s’il est humainement compréhensible qu’ils se soient trouvés démunis à l’issue d’une éreintante suite de batailles judiciaires et neuf mois aux côtés de Charlie. Batailles qu’ils n’ont pas recherchées et pour lesquelles ils n’étaient pas armés : c’est lorsqu’ils ont refusé le principe du débranchement, à l’automne dernier, qu’ils ont eu la surprise d’être convoqués devant le juge par les autorités du Great Ormond Street Hospital (GOSH). Au fil des mois ils allaient apprendre que les parents n’ont aucun droit vis-à-vis de leur enfant lorsque le corps médical, l’administration et la justice en ont décidé autrement.
Il s’agit là d’un scandale terrible, l’ouverture d’un véritable droit d’euthanasier pour les autorités publiques.

Le récit poignant que font ses parents de sa mort pose quelques questions. Ainsi, semblait établi que Charlie devait recevoir une sédation profonde afin de ne pas souffrir de sa mort par suffocation. Or, transféré vers une maison de soins palliatifs (ses parents dans une autre voiture, flanqués de gardiens de sécurité !) Charlie a pu rester avec ses parents environ 5 heures. Ils l’ont promené dans le jardin dans une poussette (pouvaient-ils le faire à GOSH et sinon, pourquoi ?). Il a été réinstallé dans sa chambre. On est venu prévenir Chris et Connie que le respirateur allait être coupé 5 minutes plus tard. Et ce fut fait, sans pitié et malgré les larmes et les supplications de Connie, par une simple coupure de courant qui a stoppé le flux d’air pulsé dans les poumons de l’enfant.

De l'euthanasie de Charlie à l'eugénisme pour
ses futurs sœurs et frères


Sédaté, Charlie aurait-il « tenu » 12 minutes comme il l’a fait ? Son cœur n’était-il pas un muscle, affaibli par sa maladie ? Comment a-t-il pu ouvrir les yeux et regarder ses parents alors qu’on le disait sans conscience de son entourage (chose à laquelle ses parents n’ont jamais cru) ? Et s’il n’était pas sédaté, comment justifié la souffrance à laquelle Charlie a peut-être été soumis par ce geste somme toute brutal même s’il est mort de sa maladie ?

Ses parents ont pu malgré tout ramener le corps de leur enfant chez eux et le veiller, en attendant les funérailles qu’ils organisent.

On apprend, non sans effroi, que Chris et Connie espèrent avoir prochainement un nouveau bébé. Effroi, non pas parce que leurs patrimoines génétiques réunis risquent de susciter un nouveau tout-petit atteint par la maladie qui a emporté Charlie Gard. Mais parce qu’ils ont indiqué, tout en disant leur peine devant la mort de leur premier-né, qu’ils auront recours au diagnostic préimplantatoire pour leurs prochains bébés.

En clair : ils vont avoir recours à des fécondations in vitro permettant de « fabriquer » plusieurs embryons parmi lesquels on triera ceux qui sont porteurs ou non du défaut génétique dont était frappé Charlie Gard. On implantera un ou des embryons sains, les autres étant voués à la destruction.

C’est ce qui s’appelle l’eugénisme : l’élimination des non-conformes.

L’affaire Charlie Gard aura fini dans l’ambiguïté.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits



03 août, 2017

Mgr Athanasius Schneider : L’interprétation de Vatican II et son rapport avec la crise actuelle de l’Eglise


Avec l'autorisation et l'aval de Mgr Athanasius Schneider de vous propose ma traduction de son récent texte sur la crise de l'Eglise et la nécessaire réflexion doctrinale à propos de Vatican II. Mgr Schneider a revu le texte français pour qu'il reflète exactement sa pensée, et je l'en remercie. Un texte à faire circuler largement. – J.S.

La situation de crise sans précédent où se trouve actuellement l’Eglise est comparable à la crise générale au IVe siècle, lorsque l’arianisme, ayant contaminé l’immense majorité de l’épiscopat, occupait une position dominante dans la vie de l’Eglise. Nous devons chercher à aborder cette situation avec réalisme, d’une part, et de l’autre, avec un esprit surnaturel – avec un profond amour de l’Eglise, notre mère, qui souffre la Passion du Christ en raison de cette confusion doctrinale, liturgique et pastorale formidable et généralisée.

Nous devons renouveler cette foi par laquelle nous croyons que l’Eglise est entre les mains très sûres du Christ, sachant qu'Il intervient toujours pour renouveler l’Eglise au moment où le navire de l’Eglise semble devoir couler, comme c’est évidemment le cas de nos jours.

En ce qui concerne l’attitude à l’égard du concile Vatican II, nous devons éviter deux extrêmes : le rejet complet (tel celui des sédévacantistes et d’une partie de la Fraternité Saint-Pie X, ou l’« infaillibilisation » de tout ce qui a été exprimé par le concile.

Vatican II était une assemblée légitime présidée par les papes et nous devons garder envers ce concile une attitude respectueuse. Néanmoins, cela ne signifie pas qu'il nous soit interdit d’exprimer des doutes bien fondés ou des suggestions respectueuses d’amélioration en ce qui concerne certains points spécifiques, en nous basant toujours sur l’ensemble de la Tradition et du Magistère constant de l’Eglise.

Les affirmations traditionnelles et constantes du Magistère recouvrant une période de plusieurs siècles, ont préséance et constituent un critère de vérification par rapport à l’exactitude de déclarations magistérielles postérieures. Les nouvelles affirmations du Magistère doivent, en principe, être plus exactes et plus claires, et en aucun cas ambiguës et en contradiction apparente avec des affirmations magistérielles antérieures.

Les affirmations de Vatican II qui sont ambiguës doivent être lues et interprétées à la lumière des affirmations de la Tradition dans son ensemble et du Magistère constant de l’Eglise.

En cas de doute, les affirmations du Magistère constant (les conciles antérieurs et les documents des papes, dont le contenu est manifestement l’expression d’une tradition certaine et réitérée au cours des siècles dans le même sens) prévalent sur les affirmations objectivement ambiguës ou nouvelles de Vatican II, difficiles à accorder avec des affirmations spécifiques du Magistère antérieur constant (par exemple, le devoir de l'Etat de vénérer publiquement le Christ, Roi de toutes sociétés humaines, le sens véritable de la collégialité épiscopale par rapport à la primauté de Pierre et au gouvernement universel de l’église, la nocivité de toutes les religions non catholiques et le dangerosité qu’elles représentent pour le salut éternel des âmes).

Vatican II doit être considéré et reçu tel qu'il est, et tel qu’il était réellement : un concile avant tout pastoral. Ce concile n’avait pas pour intention de proposer des doctrines nouvelles ni de les proposer sous une forme définitive. Dans une grande partie de ses affirmations, le concile a confirmé la doctrine traditionnelle et constante de l’Eglise.

Parmi les nouvelles affirmations de Vatican II (par exemple, la collégialité, la liberté religieuse, le dialogue œcuménique et inter-religieux, l’attitude à l’égard du monde) certaines n’ont pas un caractère définitif, et comme elles se trouvent être en apparence ou en réalité en contradiction avec les affirmations traditionnelles et constantes du Magistère, elles doivent être complétées par des explications plus exactes et des suppléments plus précis, à caractère doctrinal. L’application aveugle du principe de l’« herméneutique de la continuité » n’est pas d’un réel secours puisqu’à travers celle-ci on fabrique des interprétations forcées qui ne sont pas convaincantes et qui n’aident pas à atteindre une compréhension plus claire des vérités immuables de la foi catholique et de leur application concrète.

Il y a eu des cas dans l’histoire où les affirmations non définitives de certains conciles œcuménique ont été par la suite – grâce à un débat théologique serein – précisées ou corrigées de manière tacite (par exemple, les affirmations du concile de Florence à propos de la matière du sacrement de l’ordre, à savoir que la matière serait constituée par la porrection des instruments, alors que la tradition plus sûre et constante affirmait que l’imposition des mains de l'évêque était suffisante, une vérité qui serait en fin de compte confirmée par Pie XII en 1947). Si après le concile de Florence les théologiens avaient aveuglément appliqué le principe de l’herméneutique de la continuité à cette affirmation concrète du concile de Florence (une affirmation objectivement erronée), en défendant la thèse selon laquelle la remise des instruments constituait la matière du sacrement de l'ordre était en accord avec le magistère constant, on ne serait probablement pas parvenu au consensus général des théologiens par rapport à la vérité qui affirme que seule l’imposition des mains de l’évêque constitue la matière réelle du sacrement de l’ordre.

Il est nécessaire de créer au sein de l’Eglise un climat serein de discussions doctrinales par rapport à celles des affirmations de Vatican II qui sont ambiguës ou qui ont été à l’origine d’interprétations erronées. Une telle discussion doctrinale n’a rien de scandaleux : au contraire, elle va contribuer à faire expliciter de manière plus sûre et complète le dépôt immuable de la foi de l’Eglise.

Il ne faut pas mettre à ce point l’accent sur un concile donné, qu’on en vienne à l’absolutiser et à le placer de fait sur le même pied que la parole de Dieu orale (la Tradition sacrée) ou écrite (l’Ecriture Sainte). Vatican II lui-même a très justement affirmé (cf. Dei Verbum, 10) que le Magistère (le pape, les conciles, le magistère ordinaire et universel) ne se situe pas au-dessus de la parole de Dieu mais en-dessous, lui étant subordonné: il est seulement son serviteur (serviteur de la Parole orale de Dieu, c’est-à-dire la Tradition sacrée, et de la Parole écrite de Dieu, c’est-à-dire l’Ecriture Sainte).

D’un point de vue objectif, les affirmations du Magistère (les papes et les conciles) qui ont un caractère définitif ont plus de valeur et de poids que les affirmations à caractère pastoral, dont la qualité est naturellement changeante et provisoire, sujette aux circonstances historiques ou apportant une réponse à des situations pastorales d’une période donnée, comme c’est le cas pour la plupart des affirmations de Vatican II.

L’apport original et précieux de Vatican II réside dans l’appel universel à la sainteté qui s’adresse à tous les membres de l’Eglise (chapitre 5 de Lumen Gentium), dans la doctrine relative au rôle central de Notre Dame dans la vie de l’Eglise (chapitre 8 of Lumen Gentium), dans l’importance du rôle des fidèles laïcs par rapport à la sauvegarde, la défense et la promotion de la foi catholique, et dans leur devoir d’évangéliser et de sanctifier les réalités temporelles conformément au sens pérenne de l’Eglise (chapitre 4 de Lumen Gentium), dans la primauté de l’adoration de Dieu dans la vie de l'Eglise et la célébration de la liturgie (Sacrosanctum Concilium n° 2 ; 5-10). Le reste peut être considéré jusqu’à un certain point comme secondaire, temporaire et sera, à l’avenir, probablement jugé oubliable, comme cela fut le cas pour certaines affirmations non définitives, pastorales et disciplinaires de divers conciles œcuméniques par le passé.

Les sujets suivants : Notre Dame, la sanctification par les laïcs de leur vie personnelle en même temps que la sanctification du monde selon le sens pérenne de l’Eglise, ainsi que la primauté de l’adoration de Dieu, sont les aspects les plus urgents qui doivent être vécus en notre temps. En cela Vatican II a un rôle prophétique qui, malheureusement, n’a pas encore été réalisé de manière satisfaisante.

Au lieu de vivre ces quatre aspects, une part considérable de la Nomenklatura théologique et administrative au sein de la vie de l’Eglise a promu au cours de ces cinquante dernières années, et continue de promouvoir des thèmes doctrinaux, pastoraux et liturgiques ambigus, altérant ainsi l’intention originelle du Concile ou en utilisant abusivement ses affirmations doctrinales moins claires, voire ambiguës, en vue de créer une autre Eglise – une Eglise de type relativiste ou protestant.
Nous vivons de nos jours l’aboutissement de ce développement.

Le problème de la crise actuelle de l’Eglise consiste en partie dans le fait que certaines affirmations de Vatican II qui sont objectivement ambiguës, ou ses rares affirmations qui peuvent difficilement s’accorder avec la tradition magistérielle constante de l’Eglise ont été « infaillibilisées ». C’est par ce moyen qu'on a bloqué le sain débat assorti d’une nécessaire correction implicite ou tacite.
En même temps, on a encouragé la fabrication d’affirmations théologiques contrastant avec la tradition pérenne (par exemple, en ce qui concerne la nouvelle théorie d’un double sujet suprême ordinaire du gouvernement de l’Eglise, c’est-à-dire le pape seul et le collège épiscopal tout entier ensemble avec le Pape ; la doctrine de la neutralité de l’Etat par rapport au culte public qu'il doit rendre au vrai Dieu, qui est Jésus-Christ et qui est aussi Roi de chaque société humaine et politique ; la relativisation de la vérité selon laquelle l’Eglise catholique est l’unique chemin du salut, voulu et ordonné par Dieu).

 Nous devons nous libérer des chaînes qui ont « absolutisé » et entièrement « infaillibilisé » Vatican II. Nous devons réclamer un climat de débat serein et respectueux, à partir de l’amour sincère pour l’Eglise et pour la foi immuable de l’Eglise.

Nous pouvons voir un signe positif dans le fait que le 2 août 2012, le pape Benoît XVI a écrit une préface au volume relatif à Vatican II dans l’édition de ses Opera Omnia. Dans cette préface, Benoît XVI exprime ses réserves par rapport à certains contenus spécifiques dans les documents Gaudium et spes et Nostra ætate. La teneur des paroles de Benoît XVI laisse voir que des défauts concrets au sein de certaines sections de ces documents ne sont pas susceptibles d’amélioration par « l’herméneutique de la continuité ».

Une FSSPX, canoniquement et pleinement intégrée dans la vie de l’Eglise, pourrait également apporter une précieuse contribution à ce débat – tout comme le souhaitait Mgr Marcel Lefebvre. La présence canonique plénière de la FSSPX dans la vie de l’Eglise en notre temps contribuerait également à créer le climat général d’un débat constructif, de telle sorte que ce qui a été cru toujours, partout et par tous les catholiques au cours de 2.000 ans puisse être cru de manière plus claire et plus sûre également aussi de nos jours, réalisant ainsi la véritable intention pastorale des Pères du concile Vatican II.

L'intention pastorale authentique vise le salut éternel des âmes – un salut qui ne sera réalisé que par la proclamation de la volonté tout entière de Dieu (cf. Actes 20: 27). L'ambiguïté dans la doctrine de la foi et dans son application concrète (dans la liturgie et dans la vie pastorale) constituerait une menace pour le salut éternel des âmes et serait par conséquent anti-pastoral, puisque la proclamation de la clarté et de l’intégrité de la foi catholique et de son application concrète fidèle constituent la volonté explicite de Dieu.

Seule l’obéissance parfaite à la volonté de Dieu – qui nous a révélée par le Christ, Verbe incarné, et par les Apôtres, la foi véritable, la foi interprétée et pratiquée de manière constante et dans le même sens par le Magistère de l’Eglise – amènera avec elle le salut des âmes.


+ Athanasius Schneider,
Evêque auxiliaire de l’archidiocèse de Sainte-Marie d’Astana au Kazakhstan



• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner


© leblogdejeannesmits



16 juillet, 2017

Erratum dans mon article sur Schönborn et les Dubia


Chers lecteurs, la précipitation et un clavier défaillant ont fait que j'ai laissé passer quelques erreurs importantes dans mon article sur le cardinal Schönborn et les « Dubia ». Certaines nuisaient gravement au sens. Merci à ceux d'entre vous qui avez eu la bonté de me les signaler. Le texte amendé est par là.

Je me permets de vous resignaler aussi le beau texte du pape émérite Benoît XVI à l'occasion des funérailles du cardinal Meisner. Ce dernier faisait partie des signataires des Dubia à propos d'Amoris laetitia, cela n'est donc pas sans lien. Lire ma traduction ici.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits



Le message de Benoît XVI pour les funérailles du cardinal Meisner, signataire des Dubia

Le cardinal Meisner et Benoît XVI, en une époque révolue
Lors des funérailles du cardinal Joachim Meisner le samedi 15 juillet à Cologne, un message de la main du pape François a été lu au cours de la cérémonie par le nonce apostolique en Allemagne, Mgr Nikola Eterović. Mais à la surprise générale, un deuxième message, émanant celui-là du pape émérite Benoît XVI, a été lu par le préfet de la maison pontificale et secrétaire particulier de Benoît XVI, Mgr Georg Gänswein. Cela a d'autant plus de poids que le cardinal Meisner  est l'un des quatre cardinaux qui ont présenté des Dubia au pape François à propos d'Amoris laetitia.

 Je vous propose ci-dessous ma traduction de ce message à la fois beau et émouvant, mais également riche  d'enseignement par les temps qui courent. Je vous laisse savourer ce texte – quel joie et quel plaisir intellectuel de traduire Benoît XVI ! – non sans vous signaler que le pape émérite évoque la foi profonde, la piété eucharistique, la vie de prière de ce cardinal qui a su comprendre « que le Seigneur n'abandonne pas son Eglise, même lorsque parfois le navire a tant pris l'eau qu'il est sur le point de chavirer ». Double leçon : notre pauvre Eglise semble au plus mal, mais Notre Seigneur Jésus-Christ ne l'abandonne point. Et un rappel : « L'Eglise se trouve dans la nécessité urgente de disposer de bergers convaincants qui puissent résister à la dictature de l'esprit du temps et qui vivent et pensent la foi avec détermination. » Il semble vraiment très, très difficile de ne pas faire le lien entre ces déclarations et la confusion doctrinale du pontificat actuel. — J.S.


« En cette heure où l'Eglise de Cologne et les fidèles venus d'au-delà de ses frontières sont rassemblés pour dire à Dieu au cardinal Joachim Meisner, je suis avec vous par le cœur et la pensée, et, accomplissant avec joie le souhait du cardinal Woelki, je désire vous adresser un mot de souvenir. 
« Lorsque j'ai appris la mort du cardinal Meisner mercredi dernier, je n'ai pas voulu y croire. La veille nous avions parlé au téléphone. Sa gratitude à propos du fait qu'il avait pu prendre quelques vacances après avoir participé à la béatification de Mgr Teofilius Matulionis à Vilnius le dimanche précédent (le 25 juin) était évidente au son de sa voix.  L'amour de l'Eglise des pays voisins à l'Est, qui avaient souffert sous la persécution communiste, ainsi que la gratitude que lui inspirait la résistance aux souffrances à cette époque-là, avaient marqué toute sa vie. De telle sorte qu'il n'y a pas pas de coïncidence dans le fait qu'il aura rendu la dernière visite de sa vie à un Confesseur de la foi dans ces pays-là. 
« Ce qui m'a particulièrement impressionné au cours de cette dernière conversation avec le cardinal à la retraite, c'est la joie déliée, la joie intérieure, la confiance qu'il avait trouvées. Nous savons que ce berger, ce pasteur passionné a trouvé difficile de quitter son poste, spécialement à un moment où l'Eglise se trouve dans la nécessité urgente de disposer de bergers convaincants qui puissent résister à la dictature de l'esprit du temps et qui vivent et pensent la foi avec détermination. Cependant, cela m'a d'autant plus ému qu'au cours de cette dernière période de sa vie, il a appris à lâcher prise et à vivre toujours plus dans la certitude profonde que le Seigneur n'abandonne pas son Eglise, même lorsque parfois le navire a tant pris l'eau qu'il est sur le point de chavirer. 
« Deux choses, dernièrement, lui ont donné toujours plus de joie et de confiance.
« 1.  D'abord, il m'a toujours redit la joie profonde qui le remplit à travers l'expérience du sacrement de pénitence lorsque des jeunes, surtout de jeunes hommes, vivent la grâce du pardon – ce don d'avoir véritablement trouvé la vie que seul Dieu peut leur donner. 
« 2. La deuxième chose qui l'a toujours touché et qui l'a toujours rempli de joie, ce sont les progrès discrets de l'adoration eucharistique. Lors des JMJ de Cologne cela avait constitué pour lui un point central – qu'il y eût une adoration, un silence où le Seigneur seul puisse parler au cœur. Certains experts en pastorale et en liturgie avaient pensé qu'un tel silence dans la contemplation du Seigneur ne peut s'obtenir avec une telle masse de gens. Certains étaient également d'avis que l'adoration eucharistique est en tant que telle dépassée, puisque le Seigneur veut être reçu dans le Pain eucharistique, et qu'Il ne veut pas être simplement regardé. Mais ce Pain ne peut être mangé comme un aliment quelconque ; « recevoir » le Seigneur dans le sacrement eucharistique requiert toutes les dimensions de notre existence – la réception doit être adoration : tout cela est désormais tout de même devenu très clair. Ainsi le temps d'adoration eucharistique lors des JMJ de Cologne est devenu un événement très intérieur qui n'est pas devenu inoubliable pour le seul cardinal. Ce moment lui est toujours resté présent intérieurement et a été pour lui une grande lumière. 
« Lorsque le cardinal Meisner, au dernier matin de sa vie, n'a pas paru à l'heure de célébrer la messe, on l'a trouvé mort dans sa chambre. Son bréviaire avait glissé de ses mains :  il est mort en priant, son regard tourné vers le Seigneur, en conversation avec le Seigneur. La nature de la mort qu'il lui a été donné de vivre redit encore une fois comment il a vécu : le regard tourné vers le Seigneur, et en conversation avec lui. Ainsi nous osons sans crainte confier son âme au bon Dieu. Seigneur, nous vous remercions pour le témoignage de votre serviteur Joachim. Permettez-lui d'être désormais un intercesseur pour l'Eglise de Cologne et pour l'ensemble de la terre ! Requiescat in pace ! »
 Benoît XVI
ADDENDUM : Le site benoit-et-moi propose également une traduction vers le français, visible ici,
et ajoute ce commentaire intéressant sur les omissions manifestement délibérées sur le site Il Sismographo :

« Un point qui mérite être souligné, car il confirme que les passages cités sont bel et bien dérangeants, c’est que « La voix de Sainte-Marthe », alias Il Sismografo, qui ne peut évidemment pas faire autrement que rendre compte du message de Benoît XVI, les censure purement et simplement. Le premier est carrément passé sous silence, et le second se limite à une allusion à la «joie intérieure [du cardinal Meisner] et sa confiance dans le Seigneur qui, disait-il, n’abandonnerait jamais son Eglise, même dans les heures les plus difficiles. » 
Benoit-et-moi commente également les allégations de faux auxquelles Marco Tosatti a répondu avec une joyeuse ironie (à lire ici).


• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner



© leblogdejeannesmits



15 juillet, 2017

La réponse aux Dubia : le cardinal Schönborn a-t-il validé la communion pour les divorcés remariés



Le jeudi 13 juillet, le cardinal Christoph Schönborn a donné une conférence à Dublin dans le cadre des activités de préparation de la Rencontre mondiale des familles organisée par l'Eglise catholique en Irlande en 2018. A cette occasion, il s'est permis – à la place du pape ?, en tant que porte-parole du pape ? – de donner sa réponse aux cinq Dubia soumis par les quatre cardinaux (Brandmüller, Burke, Caffarra et feu le cardinal Meisner) au pape François. C'est en tout cas ce qu'affirme Greg Daly du quotidien The Irish Catholic qui a tweeté, pendant que la conférence se déroulait : « A propos des Dubia, le cardinal Schönborn dit que l'on peut répondre “oui” à toutes les questions. Il a même dit qu'il l'a affirmé à l'un des cardinaux des Dubia. » Etant donné que l'une de ces questions portait sur le fait de savoir si un divorcé remarié n'ayant pas obtenu de déclaration de nullité de son mariage pouvait accéder en certaines circonstances à la communion, cette réponse positive confirme l'interprétation littérale d'Amoris laetitia qui  l'affirme de manière sournoise mais nette dans une note de bas de page.


Ce tweet, qui correspond manifestement à des notes prises au vol au cours de la conférence par le journaliste, n'a pas été démenti à ma connaissance à l'heure d'écrire ces lignes, ni par son auteur, ni par le cardinal.

La réponse aux Dubia suscités par l'exhortation post-synodale est attendue du pape François lui-même. Il semble tout à fait décidé à ne pas la donner, mais il n'a pas fait mystère  du fait que le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne, est son porte-parole privilégié en la matière ; il a déjà renvoyé des journalistes qui posaient des questions sur Amoris laetitia aux écrits de Schönborn.

Les cinq questions (in extenso ici) peuvent être résumées ainsi :

1. Les personnes vivant dans un état d’adultère habituel peuvent-elles recevoir la sainte communion ? 
2. Existe-t-il des normes morales absolues qu'il faut respecter « sans exception » ? 
3. Est-il encore possible d’affirmer qu’une personne qui vit habituellement en contradiction avec un commandement de la loi de Dieu, comme par exemple celui qui interdit l’adultère (cf. Mt 19, 3-9), se trouve dans une situation objective de péché grave habituel ? 
4. L'enseignement suivant est-il encore valide, selon lequel, quel que soit le degré d'atténuation de culpabilité d'un individu du fait des circonstances, les dites circonstances ne peuvent transformer un acte intrinsèquement mauvais en un acte subjectivement bon
5.  L'enseignement de l'Église selon lequel en appeler à la conscience ne peut pas surmonter les normes morales absolues est-il toujours vrai ? ?

En bonne doctrine, elles attendent cinq réponses : dans l'ordre, non, oui, oui, oui et oui.

Comme le note Steve Skojec de OnePeterFive, les questions – sous cette forme condensée – sont tellement simples  qu'il ne faudrait pas plus de 30 secondes au pape François pour y apporter une réponse conforme à l'enseignement de l'Eglise (il pourrait même, ironise le journaliste, les donner depuis la cabine pressurisée d'un avion, environnement qui à l'évidence, « stimule la loquacité du pape »).

Mais s'il faut en croire Greg Daly, le cardinal Schönborn répond « oui » à cette première question, dont voici la retranscription complète, telle qu'elle a été posée dans les Dubia :

« 1.    Il est demandé si, en conséquence de ce qui est affirmé dans Amoris lætitia aux n. 300-305, il est maintenant devenu possible d’absoudre dans le sacrement de Pénitence et donc d’admettre à la Sainte Eucharistie une personne qui, étant liée par un lien matrimonial valide, vit more uxorio avec une autre personne, sans que soient remplies les conditions prévues par Familiaris consortio au n. 84 et réaffirmées ensuite par Reconciliatio et pænitentia au n. 34 et par Sacramentum caritatis au n. 29. L’expression “dans certains cas de la note 351 (n. 305) de l’exhortation Amoris lætitia peut-elle être appliquée aux divorcés remariés qui continuent à vivre more uxorio ? »

Le « oui » du cardial Schönborn rend incohérentes les réponses subséquentes. Si l'on répond « oui » aux deuxième, troisième, quatrième et cinquième questions, la première ne peut en toute logique recevoir une réponse positive. Si l'on ouvre la porte à la communion des divorcés « remariés » qui continueraient de vivre dans l'adultère, n'ayant pas obtenu de déclaration de nullité pour tout mariage antérieur, le détricotage de la doctrine est tel qu'il faut bien dès lors affirmer qu'il existe des actes intrinsèquement mauvais, des « normes morales absolues, obligatoires sans exception » comme celles concernant le mariage qui ne sont plus considérées comme telles. Répondre « non » à la première question revient encore à interdire de dire de manière systématique qu'« une personne qui vit habituellement en contradiction avec un commandement de la loi de Dieu, comme par exemple celui qui interdit l’adultère (cf. Mt 19, 3-9), se trouve dans une situation objective de péché grave habituel ».

Même chose pour la validité de l'enseignement de Veritatis splendor qui affirme : « Les circonstances ou les intentions ne pourront jamais transformer un acte intrinsèquement malhonnête de par son objet en un acte subjectivement honnête ou défendable comme choix », car dire possible l'accès de la communion à des divorcés remariés s'appuie précisément sur des conditions de circonstance ou d'intention. Le raisonnement est le même pour la cinquième question.

Avec Amoris laetitia, c'est bien le principe d'identité qui prend un coup que les adversaires de la vérité voudraient mortel puisque que les interprétations reviennent à dire que deux choses contradictoires peuvent être vraies en même temps et sous le même rapport, comme le démontre abondamment la réponse du cardinal Schönborn : les cinq « oui » sont impossibles en même temps (en vérité, les quatre questions qui suivent le premier des Dubia ne font que dérouler sous forme interrogative les conséquences logiques d'un premier « oui ») mais cela ne semble déranger personne parmi les partisans d'une « pastorale » déconnectée de la doctrine.

D'après l'article de Greg Daly, le cardinal Schönborn est allé au delà de ces remarques en soi contraires à l'enseignement traditionnel de l'Eglise. Il le cite comme ayant déclaré  que l'Eglise catholique fait tout ce qu'elle peut pour renforcer la famille, y compris des familles souvent considérées comme non traditionnelles. « Favoriser la famille ne signifie pas de défavoriser d'autres formes de vie – même les personnes vivant au sein d'un partenariat de même sexe ont besoin de leurs familles », a-t-il déclaré de manière assez ambiguë, car s'il ne fait pas de doute que chaque personne s'insère dans une famille par la filiation et en a besoin,  cela laisse sous-entendre que la « famille » homosexuelle remplirait ce rôle.

Le cardinal Schönborn a soutenu que le nombre des « dénommées situations irrégulières » (l'expression est de Greg Daly mais figure plusieurs fois dans Amoris laetitia)  a énormément augmenté en raison des « grands changements du cadre de la société » : alors que chacun peut se marier, « ils sont très nombreux à choisir de ne pas le faire ». Et d'ajouter : « Mais n'oublions pas que le mariage, tel que nous l'avons aujourd'hui, est un privilège qui était assez rare au cours des siècles passés, où un tiers au plus de la population pouvait se marier. » Le cardinal a rappelé la situation dans ce qu'on appelle aujourd'hui la République tchèque, au temps de l'empire autrichien, où les servants et servantes n'avaient pas le droit de se marier. Mais il faudrait ajouter, si la chose est vraie, qu'il ne s'agit pas là d'une loi de l'Eglise mais d'un abus de pouvoir qui méconnaît les droits fondamentaux de l'être humain.

La conclusion que Schönborn en tire est de ce fait sans objet : « Amoris laetitia vous dit que le mariage et la famille sont possibles aujourd'hui », comme s'ils ne l'étaient pas jadis et ce en raison de la rigueur de la loi de l'Eglise. Selon lui – rapporte Daly –, la réception de l'exhortation doit se faire au terme d'un long processus à travers des négociations et des discussions.

Le cardinal Schönborn en a profité pour décocher une flèche en direction des cardinaux des Dubia, qu'il a accusés de manière vive (voir ici sur le site du Catholic Herald), alors que le cardinal Meiser, mort au début du mois, n'étais pas encore enterré. « Que des cardinaux, qui devraient être les plus proches collaborateurs du pape, tentent de lui mettre la pression et de l'obliger à faire une réponse publique à leur lettre largement diffusée constitue un comportement absolument inconvenant », a-t-il dit selon Greg Daly. Schönborn a précisé lors d'une rencontre avec la presse : «  Je crains ceux qui ont des réponses rapides et claires en politique et en économie, mais aussi en religion. Les rigoristes et les laxistes ont des réponses claires et rapides, mais ils oublient de regarder la vie. Le rigoriste évite l'effort du discernement, de regarder la réalité de près. Le laxiste laisse filer tout ce qu'il peut, il n'y a pas de discernement. Ils sont les mêmes, mais à l'opposé. » Blanc et noir se rejoignent dans la pensée moderne !

Evoquant devant les journalistes le chapitre 8 d'Amoris laetitia, à propos des divorcés « remariés », le cardinal Schönborn a dénoncé la manière d'aborder le sujet : « Le plus souvent, le sujet est réduit à une seule question : “Peuvent-ils recevoir la communion ? Oui ou non !”  Le pape François a dit : “C'est un piège !” En se focalisant sur cette seule question l'objet principal d'Amoris laetitia est oublié : regardez de près et discernez. »

A propos de ce «  discernement pastoral »,  le cardinal a déclaré que, au vu de l'immense diversité des situations qui peuvent  exister pour des couples rencontrant des difficultés, « il est compréhensible qu'on ne puisse attendre ni du synode ni de cette Exhortation qu'ils apportent une nouvelle série de règles générales, canoniques par nature et applicables à tous les cas ».

Cette réponse, qui rejette l'existence de la norme absolue ou à tout le moins son applicabilité à chacun, est parfaitement cohérente avec les cinq « oui » attribués au cardinal.


• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner





© leblogdejeannesmits



07 juillet, 2017

Le pape François envisagerait-il d’abolir Summorum Pontificum ?

Belgicatho a mis en ligne un article de Nicolas Senèze dans La Croix, où le journaliste, peu suspect de sympathie à l'égard de la mouvance traditionnelle, envisage l'idée de l'abolition de Summorum Pontificum, 10 ans jour pour jour après sa publication par Benoît XVI. Le texte complet est ici sur Belgicatho.

Ballon d'essai des « anti » ou réelle information glanée dans l'entourage du pape, il est trop tôt pour le dire.

Nicolas Senèze cite en tout cas nommément le théologien Andrea Grillo qui déclare, à propos de Summorum Pontificum, que le motu proprio avait mis « les évêques en difficulté » en raison de la « lecture très large » du texte par Ecclesia Dei (rappel : le problème venait plutôt de la lecture très étroite faite par de nombreux évêques allant contre la lettre du texte).

« En introduisant un choix subjectif du rite par le prêtre, le motu proprio a fragilisé l’unité liturgique de l’Église et créé parfois des Églises parallèles jusque dans les paroisses. C’est une rupture de la tradition », estime Grillo, cité par Senèze, qui le qualifie de « proche du pape ». Oui, il a osé parler d'une « rupture de la tradition » – quel cynisme.

Senèze rappelle alors les nombreuses piques lancées par le pape François contre ceux qui préfèrent la messe traditionnelle, et les tenants de la « réforme de la réforme ».
Selon Andrea Grillo, François envisagerait même, à terme, d’abolir Summorum Pontificum, à partir du moment où l’ancien rite serait préservé au sein de la prélature personnelle offerte à la FSSPX. « Mais il ne mettra pas cela en œuvre tant que Benoît XVI est en vie », prévient-il aussitôt.Puis vient le nœud de son papier :

« Selon Andrea Grillo, François envisagerait même, à terme, d’abolir Summorum Pontificum, à partir du moment où l’ancien rite serait préservé au sein de la prélature personnelle offerte à la FSSPX. “Mais il ne mettra pas cela en œuvre tant que Benoît XVI est en vie”, prévient-il aussitôt. »

Ainsi donc, la menace est celle-ci : dès l'accord avec la Fraternité Saint Pie X, il serait théoriquement envisageable de remettre en place un interdit de fait ou de droit sur la célébration de la messe traditionnelle, tous ceux souhaitant la célébrer ou y assister devant se mettre sous l'autorité de la FSSPX.

Quid des instituts, monastères, paroisses personnelles, toutes ces entités tout à fait distinctes de la FSSPX; existant avant elle ou créées depuis sa fondation et qui, pour nombre d'entre elles, s'en sont même détachées par souci d'obéissance lors des sacres en 1988 ?  Quid des institutions dont la célébration de la messe dans la forme extraordinaire fait partie de leurs élément constitutifs ?

Bien sûr, rien n'est fait. Et tout est au conditionnel. Mais venant de la plume de Nicolas Senèze,  la mise au jour de cette hypothèse constitue pour le moins la preuve qu'il existe des pressions en ce sens. Presqu'une feuille de route. D'autant qu'elle donne des modalités pratiques pour la mise au rebut du motu proprio, pour laquelle il suffit d'attendre – pour ne pas dire espérer – la mort de Benoît XVI.


• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

J'écris quasi quotidiennement pour Reinformation.tv.  Pour recevoir chaque jour la liste des dernières publications sur ce site, je vous invite à vous y abonner :  c'est par là.


 S'abonner à un flux



© leblogdejeannesmits



01 juillet, 2017

Le cardinal Müller débarqué : qui a eu sa peau ?

Alors que l'annonce du débarquement du cardinal Gerhard Müller de la Congrégation pour la Doctrine de la foi serait imminente, le site de la revue des jésuites des Etats-Unis, America Magazine, avance que ses déclarations favorables à une interprétation d'Amoris laetitia selon la doctrine traditionnelle de l'Eglise sont la cause du non-renouvellement de sa charge de préfet.

« La controverse à propos du rôle du cardinal Müller à la tête de la Congrégation pour la Doctrine de la foi s'est focalisée sur l'interprétation d'Amoris laetitia. “America” a appris que nombre de cardinaux ont demandé à François d'écarter le cardinal Müller de ce poste parce qu'il avait, à plusieurs reprises, publiquement manifesté son désaccord par rapport aux positions du pape, ou s'en était distancé, et qu'ils pensaient que cela portait atteinte à l'office et au magistère pontificaux. »
Quels sont donc ces cardinaux qui selon toute vraisemblance, ont obtenu la tête du cardinal ?

America note par exemple que le cardinal Müller, dans un entretien avec Raymond Arroyo diffusé le 12 mai dernier sur la chaîne catholique américaine EWTN, avait répété son « argument » selon lequel Amoris laetitia n'ouvre pas la porte à la réception de la communion par les catholiques divorcés et « remariés », peu après que les conférences épiscopales d'Allemagne, d'Argentine et de Malte eurent publié des directives autorisant cette réception dans certaines situations.

« Il n'est pas bon que les conférences épiscopales fassent des interprétations officielles du pape. Ce n'est pas catholique. Nous avons ce document du pape, et il doit être lu dans le contexte de la tradition catholique dans son ensemble », avait dit le cardinal Müller.

Pour les jésuites américains, c'est bien cette attitude qui est à l'origine du limogeage attendu du cardinal Müller, dont la nomination comme cardinal patron de l'Ordre au Saint-Sépulchre est pressentie par certaines sources. En attendant d'être mis au placard, comme le cardinal Burke qui n'a plus rien à dire à l'Ordre de Malte, en voie de modernisation accélérée ?

Notons que l'un des éditorialistes les plus en vue d'America Magazine, le P. James Martin S.J., a été récemment nommé consulteur de la Salle de presse du Vatican. Il est l'auteur d'un livre sur le rapprochement de la communauté LGBT avec l'Eglise sous le titre Building a Bridge (« Construire un pont » – ne précisons pas ce que cela signifie en argot gay).

Le cardinal Müller a soutenu le droit des quatre cardinaux – Brandmüller, Burke, Caffarra, Meisner – d'exposer leurs Dubia au pape mais en affirmant qu'il n'était pas favorable au fait d'avoir rendu la démarche publique, position qu'il a adoptée selon certains pour ne pas compromettre sa position à un poste-clef pour la défense de la foi, du dogme et de la doctrine ; il s'est toujours appliqué à déclarer qu'Amoris laetitia pouvait et devait être interprété de manière traditionnelle.

Cette attitude, quelle qu'en soit la raison, n'a donc pas suffi à empêcher le limogeage d'un cardinal encore relativement jeune – à 69 ans, il est à 6 ans de l'âge à partir duquel les évêques peuvent partir ou être mis à la retraite – et la question est désormais de savoir : 1. si cela a valu la peine ; 2. par qui il sera remplacé.

Les plus pessimistes envisagent la nomination de l'archevêque Victor Fernandez, un Argentin proche du pape, auteur d'un livre à la gloire du baiser (Gueris-moi avec ta bouche), probable collaborateur pour la rédaction d'Amoris laetitia et auteur du premier jet des directives argentines sur son interprétation.

Le site OnePeterFive note que selon le quotidien argentin Clarin, premier à annoncer le débarquement du cardinal Müller, ce départ « ouvrirait la voie du renouveau de la dernière phase du pontificat de Bergoglio, qui aura 81 ans en décembre prochain. Le passionnant article de Steve Skojec  sur 1P5 (en anglais) est à lire ici.


• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner


© leblogdejeannesmits



Charlie Gard : la réaction magnifique et profonde du cardinal Caffarra

Après un papier paru mercredi sur reinformation.tv à propos du petit Charlie Gard, victime d'une maladie orpheline, qui doit être « débranché » avec la bénédiction de la Cour européenne des droits de l'homme en pleine méconnaissance des droits de ses parents, voici ce qu'en a dit le cardinal Carlo Caffarra dans une très forte déclaration à Il Giornale (ma traduction) :

« Nous sommes arrivés au terminus de la culture de mort. Ce sont les institutions publiques, les tribunaux qui décident si un bébé a ou non le droit de vivre. Y compris en allant contre la volonté des parents. Nous avons touché le fond de la barbarie. Sommes-nous les enfants des institutions, et leur devons-nous la vie ? Pauvre Occident : il a rejeté Dieu et sa paternité est aujourd'hui baillée à la bureacratie ! L'ange de Charlie voit toujours la Face du Père. Arrêtez, au nom de Dieu. Sans quoi je vous dirai, avec Jésus : “Il vaudrait mieux que l'on vous attache une meule autour du cou et qu'on vous jette au plus profond de la mer.” »

Cette déclaration contraste fortement avec celle de Mgr Vincenzo Paglia, que j'ai commentée dans un article à paraître prochainement sur reinformation.tv.

Pour ne manquer aucun nouvel article sur ce site d'informations aux contenus originaux, rendez-vous ici pour un abonnement gratuit.


• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner


© leblogdejeannesmits



30 juin, 2017

Décès de Simone Veil : quelques réflexions, et le communiqué de Marine Le Pen

Son nom restera pour toujours lié à la loi dépénalisant l'avortement sous l'euphémisme ravageur, « Interruption volontaire de grossesse ». Simone Veil n'était certes pas seule dans cette entreprise de mort dont les loges – Pierre Simon en tête – ont revendiqué la paternité, et il peut sembler de mauvais goût de n'évoquer que cela dans cette petite « nécro » très parcellaire.

Mais enfin, c'est un aspect de sa vie que la presse dans son ensemble juge déterminant pour lui « tresser des couronnes » aujourd'hui (l'expression franc-maçonne convient bien, je pense…) et elle-même n'a jamais exprimé de regrets. Au contraire, elle a avec quelque mépris souligné dans son autobiographie que les évêques de France étaient probablement plus soucieux de leur sécurité sociale à l'époque, en 1974, que d'une mobilisation générale contre une loi qui, parmi les premières en Occident, a donné une justification légale à l'assassinat des enfants dans le ventre de leur mère, moyennant force conditions qui ont été mollement appliquées, voire pas du tout.

A raison de quelque 200.000 victimes par an, mal an mal an, on arrive à près de 8,5 millions de petites vies supprimées avec la bénédiction du législateur, et donc de la législatrice, sans compter les effets épouvantables sur les femmes qui ont cru qu'avorter, cela ne se faisait sans doute pas « de gaieté de cœur » mais que c'était une sorte de droit.

Peut-être Simone Veil a-t-elle, au fil des ans, regretté que cela devienne de plus en plus un droit légalement affirmé par l'élargissement constant des possibilités d'accès à l'IVG, à tel point que l'opposition à l'avortement pour des raisons morales est de plus en plus assimilée à une pression indue sur les femmes, et pénalisée. L'avortement devait être réservé aux cas graves et rester « exceptionnel », assurait-elle en 1974. D'emblée, il n'en a pas été ainsi. Et jamais, elle n'a refusé d'être considérée comme « l'icône » de ce combat.

Cela est terrible. Il serait aussi terrible de l'occulter, alors que Simone Veil vient de quitter ce monde, au nom des convenances et du respect. La seule attitude réellement, profondément charitable aujourd'hui est d'en prendre acte, et de supplier la Très Sainte Trinité de lui accorder sa miséricorde et son pardon, acquise d'avance pour le pire des crimes mais pour laquelle il faut au coupable reconnaître et regretter sa responsabilité. Une femme douée d'une âme immortelle et appelée à voir Dieu face à face vient de mourir : il s'agit donc de prier pour qu'elle ait eu la grâce de la contrition et de la conversion, car rien n'est impossible à Dieu.


––––––


Je viens de prendre connaissance du communiqué de presse de Marine Le Pen, Présidente du Front national :

« Nous apprenons ce matin le décès de Madame Simone Veil, une femme qui aura incontestablement marqué de son empreinte la vie politique française.
Je présente à sa famille et à ses proches mes condoléances les plus sincères. J'ai aussi une pensée pour sa famille politique, avec qui Simone Veil a défendu ses convictions avec constance. Je salue enfin le combat pour la Mémoire qui fut celui de toute sa vie. »
Ou l'art d'occulter, de passer sous silence ce pour quoi Mme Veil est déjà entrée dans les livres d'histoire, et ce pour quoi on la glorifie. Pourquoi ce vide ? Pourquoi retenir l'histoire de la Shoah, et non celle du massacre des innocents ?

 ––––––

Il est aujourd'hui de bon ton, pour pouvoir avancer en politique sans totalement renier ses convictions, de réclamer au nom du respect de la vie, le « retour à la loi Veil » et à l'application de ses conditions restrictives. Mais affirmer le droit de tuer cet enfant plutôt que celui-là, à cette condition plutôt que celle-là, c'est toujours donner un permis légal de tuer un membre de l'espèce humaine. Et de fait, le nombre d'avortements, malgré quelques variations et malgré les « progrès » de la contraception, est resté globalement stable.

20 juin, 2017

“Amoris laetitia” : les quatre cardinaux des “Dubia” publient une nouvelle lettre au pape François, faute d'avoir obtenu une audience


Le cardinal Carlo Caffara
lors du Rome Life Forum en mai dernier
Les quatre cardinaux des « Dubia », les cardinaux Brandmüller, Burke, Caffarra et Meisner, viennent
de rendre publique la lettre qu’ils ont adressée au pape François le 25 avril dernier pour lui demander –  en vain –  une audience privée en vue de parler de la « confusion et de la désorientation » au sein de l’Eglise après la publication, il y a un an, de l’exhortation Amoris laetitia. Dans cette lettre, ils rappellent les cinq questions posées publiquement l’an dernier, demandant si l'exhortation est conforme à l’enseignement pérenne de l’Eglise.

La lettre porte la signature du cardinal Carlo Caffarra, s'exprimant en son propre nom et au nom des trois autres signataires des « Dubia ».

On lira ici, sur le site de “L'Homme nouveau”, l'excellent commentaire de Thibaud Collin.

Les cinq questions posées pouvaient recevoir une réponse simple par oui ou par non ; à ce jour,  le pape n’a pas voulu donner une telle réponse alors que les questions correspondent aux ambiguïtés relevées dans son exhortation et que plusieurs conférences épiscopales  ont publié des documents d'application de celle-ci  qui vont dans un sens évidemment hétérodoxe.

Voici, pour rappel, le résumé des cinq questions que l’on trouvera in extenso ici :

1. Les personnes vivant dans un état d’adultère habituel peuvent-elles recevoir la sainte communion ? 
2. Existe-t-il des normes morales absolues qu'il faut respecter « sans exception » ? 
3. Est-il encore possible d’affirmer qu’une personne qui vit habituellement en contradiction avec un commandement de la loi de Dieu, comme par exemple celui qui interdit l’adultère (cf. Mt 19, 3-9), se trouve dans une situation objective de péché grave habituel ? 
4. Un acte intrinsèquement mauvais peut-il devenir  un acte « subjectivement bon » en raison des « circonstances » ou des « intentions » ? 
5.  Peut-on agir de manière contraire aux « normes morales absolues » connues «  qui interdisent des actes intrinsèquement mauvais » en se fondant sur la « conscience » ?
En l’absence de réponse du Saint-Père, les quatre cardinaux ont « respectueusement et humblement » demandé une audience par lettre du 25 avril ; c’est l'absence de réponse qui justifie la publication de celle-ci.

On trouvera sur le blog de Sandro Magister le texte italien de la lettre.

En voici le texte complet (ma traduction) :

Très Saint-Père,

C’est avec une certaine appréhension que je m'adresse à votre sainteté, pendant cette période du temps pascal. Je le fais au nom des très éminents cardinaux, Walter Bandmüller, Raymond L. Burke, Joachim Meisner, et en mon propre nom.

Nous voulons d’emblée renouveler notre dévouement absolu et notre amour inconditionnel pour la chaire de Pierre et pour votre auguste personne, en laquelle nous reconnaissons le successeur de Pierre et le vicaire de Jésus : le « Doux Christ en terre », ainsi que sainte Catherine de Sienne aimait à le dire. Nous ne partageons en rien la position de ceux qui considèrent que le siège de Pierre est vacant, ni celle de personnes qui veulent attribuer à d’autres la responsabilité indivisible du munus pétrinien. Nous sommes mus seulement par la conscience de la grave responsabilité qu'entraîne le munus des cardinaux : être des conseillers du successeur de Pierre en son ministère souverain. Et du sacrement de l’épiscopat, qui nous a « établis évêques, pour gouverner l'église de Dieu, qu'Il a acquise par son sang ».

Le 19 septembre 2016, nous avons remis à Votre Sainteté et à la Congrégation pour la Doctrine de la foi cinq dubia, vous demandant de résoudre des incertitudes et d’apporter la clarté sur certains points de l’exhortation apostolique post-synodale, Amoris laetitia.

N’ayant reçu aucune réponse de Votre Sainteté, nous avons pris la décision de vous demander, respectueusement et humblement, de nous accorder une audience, ensemble si Votre Sainteté le désirait. Nous joignons, comme c’est l’usage, une feuille d’audience dans laquelle nous présentons les deux points dont nous voudrions nous entretenir avec vous.

Très Saint-Père,

Un an a donc passé depuis la publication d’Amoris laetitia. Pendant ce laps de temps, des interprétations de certains passages objectivement ambigus de l’exhortation postent synodales ont été publiquement données, qui ne sont pas divergentes par rapport au magistère permanent de l’Eglise, mais qui lui sont contraires. Malgré le fait que le Préfet de la Doctrine de la foi a déclaré de manière répétée que la doctrine de l’Eglise n’a pas changé, de nombreuses déclarations ont paru, de la part d’évêques individuels, de cardinaux et même de conférences épiscopales, approuvant ce que le magistère de l’Eglise n’a jamais approuvé. Il ne s'agit pas seulement de l'accès à la Sainte Eucharistie pour ceux qui vivent objectivement et publiquement dans un état de péché grave, et qui ont l’intention d’y demeurer, mais aussi une conception de la conscience morale qui est contraire à la tradition de l’Eglise. Et donc il advient –  combien douloureux est-il de le constater ! –  que ce qui est péché en Pologne est bon en Allemagne, que ce qui est interdit dans l’archidiocèse de Philadelphie est autorisé à Malte. Et ainsi de suite. Cela remet en mémoire l’amère observation de B. Pascal : « Plaisante justice qu'une rivière borne ! Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà. »

De nombreux fidèles laïcs compétents, profondément amoureux de l’Eglise et indéfectiblement loyaux à l’égard du siège apostolique, se sont tournés vers leurs pasteurs et vers Votre Sainteté afin d’être confirmés dans la sainte doctrine en ce qui concerne les trois sacrements du mariage, de la confession, et de l’eucharistie. Et en ces jours-même, à Rome, six fidèles laïcs, de chaque continent, ont présenté un séminaire d’études très fréquenté sous le titre significatif : « Apporter la clarté. »
Face à cette grave situation, qui fait que de nombreuses communautés chrétiennes sont en train d’être divisés, nous ressentons le poids de notre responsabilité, et notre conscience nous oblige à demander humblement et respectueusement une audience.

Que Votre Sainteté se souvienne de nous dans vos prières, de même que nous nous engageons à nous souvenir de vous dans les nôtres, et nous demandons le don de votre bénédiction apostolique.

Carlo Card. Caffarra
Rome, 25 avril 2017
Fête de Saint Marc l’évangéliste

Feuille d’audience

1. Requête en vue de la clarification des cinq points mis en évidence par les dubia ; raisons de cette requête.

2.  Situation de confusion et de désorientation, spécialement parmi les pasteurs des âmes,  à commencer par les curés de paroisse.


• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner


© leblogdejeannesmits




26 mai, 2017

Le pèlerinage du pape à Fatima : j'en ai parlé sur TVLibertés

La canonisation de Francisco et Jacinta de Fatima est une bonne nouvelle, une nouvelle indispensable même pour l'Eglise universelle. Mais l'événement appelle quelques bémols, que j'ai exprimés sur reinformation.tv et de visu sur TVLibertés :



Grand merci à Jean-Pierre Maugendre pour son invitation !

Et puisque nous y sommes, n'oubliez pas de faire un tour sur le site Enfants de Fatima, pour mieux fêter ce centenaire des apparitions.


• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner


© leblogdejeannesmits


20 mai, 2017

Au “Rome Life Forum”, les cardinaux Burke et Caffarra parlent des liens de Fatima avec la crise de la famille, du respect de la vie, du mariage

De toutes les rencontres de leaders du monde pro-vie organisées dans le cadre du Rome Life Forum depuis 2014, celle qui s’est déroulée jeudi et vendredi au pied du Vatican aura été la plus riche, la plus formatrice. Face à l'idéologie du genre et à la diffusion de la culture de mort, les organisateurs, réunis dans le collectif Voice of the Family, ont voulu mettre en évidence les soubassements philosophiques, historiques, spirituels de ces constructions anti-humaines. Je reviendrai plus longuement sur tout cela, mais pour l'heure, il faut parler avant tout des conférences données pour clôturer le colloque par le cardinal Raymond Burke et le cardinal Carlo Caffarra, qui ont en commun d'avoir signé les fameux « Dubia » demandant au pape François de lever les « doutes » que fait naître l'exhortation Amoris laetitia à propos de l'enseignement de l'Eglise sur la foi et les sacrements. Chacun a évoqué Fatima à sa façon. Le cardinal Caffarra a authentifié de vive voix, et en rattachant à cette confirmation de l'ensemble de sa conférence, les paroles de sœur Lucie sur la bataille finale de Satan contre l'Eglise, portant sur la famille et le mariage.

Ce témoignage, il l’avait donné il y a plusieurs années lors d’un entretien avec une revue de propagation de la spiritualité du saint Padre Pio, mais c'est à ma connaissance la première fois qu’il en a tiré une méditation et qu’il a exprimé en direct le message de l’aînée des voyantes de Fatima.
 Le cardinal Burke, quant à lui, a demandé que le pape, en union avec tous les évêques du monde, consacre la Russie au Cœur immaculé de Marie, en la nommant expressément.

Il faut d'abord noter que les deux cardinaux ont honoré de leur présence une réunion – et pour le cardinal Burke, ce n’était pas la première fois – dont la première édition en 2014 est née  du constat de la terrible confusion et de la manipulation qui ont entouré les deux synodes sur la famille. Voice of the Family, le collectif qui chapeaute l’ensemble, rassemble des organisations  et des médias comme LifeSiteNews, SPUC –  la première organisation antiavortement au monde,  née au Royaume-Uni au cours des années 1960 – Human Life International  et bien d’autres. Aucun d’eux ne fait mystère de son souci face au texte d’Amoris laetitia,  des interprétations qui en sont données en certains endroits et des prises de position objectivement hérétiques qui se multiplient dans son sillage.

Etait également présent Mgr Athanasius Schneider, évêque  auxiliaire d’Astana au Kazakhstan,  qui a témoigné devant les assistants de son émotion d’avoir pu assister le 13 mai dernier, en la cathédrale Notre-Dame de Fatima d’Astana, à la consécration explicite de la Russie au Cœur immaculé de Marie par tous les évêques catholiques de la région, y compris de Russie elle-même.

Le cardinal Burke,  après avoir exposé l’ensemble du message de Fatima et médité sur les demandes de la Vierge, a appelé les fidèles catholiques à travailler à la « consécration de la Russie au Cœur immaculé de Marie ».

N’aurait-elle donc pas été faite, cette consécration ?  On sait qu’elle a été réitérée à plusieurs reprises au fil des ans,  de manière toujours incomplète puisque jamais la Russie n’a été nommée comme Notre-Dame l'avait demandé le 17 juillet 1917 en termes clairs :
« Pour empêcher cela, je viendrai demander la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé et la communion réparatrice des premiers samedis du mois. Si l'on écoute mes demandes, la Russie se convertira et l'on aura la paix ; sinon, elle répandra ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l'Eglise. Les bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir, plusieurs nations seront anéanties. A la fin mon Cœur Immaculé triomphera. Le Saint-Père me consacrera la Russie qui se convertira, et il sera donné au monde un certain temps de paix. Au Portugal, se conservera toujours le dogme de la foi, etc. Cela, ne le dites à personne, sauf à François. »
Le cardinal Burke n’a pas hésité à prendre à cet égard une position qui peut paraître controversée, eu égard à la consécration du monde au Coeur immaculé de Marie par le pape Jean-Paul II le 25 mars 1984, dont on sait qu’elle avait évité de nommer la Russie,  même si le saint pontife s’était senti intérieurement poussé à le faire,  en raison de pressions de son entourage craignant des difficultés diplomatiques avec les orthodoxes.

Le cardinal Burke a déclaré : « La consécration demandée est à la fois une reconnaissance de l’importance que revêt la Russie dans le plan de Dieu pour la est un signe de profond amour pour nos frères et sœurs en Russie. Certainement, le pape saint Jean-Paul II a consacré le monde, y compris la Russie, au Cœur immaculé de Marie le 25 mars 1984. mais aujourd’hui, de nouveau, nous entendons l’appel de Notre Dame de Fatima a consacré la Russie à son quart immaculé, en accord avec son instruction explicite. »

Le mot « explicite » renvoie évidemment à la mention de la Russie faite par Notre Dame elle-même. Et on peut dire que la demande du cardinal vient confirmer, s'il le fallait, dans notre monde littéralement déconstruit par les idéologies révolutionnaires que l’on retrouve toutes – comme l’ont montré les conférences précédentes du colloque –  à la révolution bolchevique de 1917, que la Russie ne s’est pas « convertie ».

 Jean-Paul II, comme l’a rappelé le cardinal Burke,  avait fait une première consécration en 1982 au cours de laquelle il avait proclamé : «  L’appel de Marie ne vaut pas pour une seule fois. Son appel doit être entendu génération après génération en accord avec les “signes des temps” toujours nouveaux. Il faut y retourner sans cesse. Il faut toujours y répondre de nouveau. »

 le cardinal n’a pas voulu s’engager dans la controverse autour du troisième secret de Fatima, dont certains jugent qu’il n’a pas été totalement dévoilé en l’an 2000.  on notera qu'il a évoqué la « thèse monumentale » de frère Michel de la Sainte Trinité pour qui  le triomphe du Coeur immaculé de Marie avait pour premier objet « la victoire de la foi, qui mettra fin à un temps d’apostasie et de grande défaillance des pasteurs de l’Eglise », a-t-il déclaré. Il a ajouté que ce troisième secret se dirige avec une force particulière vers ceux qui ont la charge d’enseigner la foi.

« L’enseignement de la foi  dans son intégralité, et ce avec courage, est au cœur de la charge des pasteurs de l’Eglise :  le pontife romain, les évêques en communion avec le siège de Pierre, et leurs collaborateurs principaux, les prêtres. Pour cette raison, le  troisième secret vise, avec une force particulière, ce qui exerce la charge pastorale au sein de l’Eglise. Leur défaillance dans l’enseignement de la foi, dans la fidélité à l’enseignement et à la pratique constants de l’Eglise,  que ce soit à travers une approche superficielle, confuse ou même mondaine,  ainsi que leur silence, mettent en mortel danger, au sens spirituel le plus profond, précisément les âmes que leur consécration confie à leur soins spirituels. les fruits empoisonnés de l’échec des pasteurs de l’église se constatent dans la sorte de culte, d'enseignement et de discipline morale qui n’est pas en accord avec la loi divine »,  a déclaré le cardinal Burke.

Ce sont des mots exceptionnellement durs, qui pointent avec beaucoup de « réalisme » –  un mot employé par le cardinal lui-même – la  profondeur et la gravité de la crise actuelle.

Le cardinal n’a pas manqué de souligner que les fidèles eux-mêmes devaient participer à leur manière à la résolution de cette crise, selon les moyens donnés à Fatima, d’abord par l’Ange du Portugal, puis par la Sainte Vierge Marie : « Prière,  pénitence, réparation » – le tout dans un esprit eucharistique en raison de « la nature essentiellement eucharistique de la prière  et du sacrifice » – rendues urgentes dans le cœur des fidèles  comme dans celui des pastoureaux par la vision de l’enfer mais avec l’espérance  du secret rappelant «  la grâce jamais défaillante de Dieu ».

Il a également rappelé qu'il y avait deux formes de châtiment pour les péchés des hommes : les malheurs matériels, la guerre, la destruction, mais aussi « les châtiments spirituels causés par la rébellion de l’homme.

La situation est telle, a déclaré le cardinal Burke,  que nous « sommes comme les premiers disciples après la Pentecôte » qui demande quoi faire dans un monde qui ne croit pas :  aujourd’hui, c’est une « culture oublieuse de Dieu et de sa loi ».

 Il n’y a pas de « formule magique » :  Fatima nous a montré qu’il y a des réponses ordinaires, constantes et quotidiennes par lesquelles les fidèles «  doivent étendre le culte divin à chaque aspect de la vie de tous les jours », à travers « la nature extraordinaire de la vie ordinaire, l’incomparable beauté de la vie chrétienne » qui se donne « la liberté et le bonheur ».

La nouveauté est sans doute dans cet autre constat du cardinal : « Aujourd’hui, l’église est en proie à la confusion et à l’erreur  y compris à propos de certains de ses enseignements les plus fondamentaux. » Des erreurs et des confusions « non corrigées » pour le moment, a-t-il précisé,  alors que nous  voyons au sein de l’Eglise «  l’étreinte sentimentale de la culture sécularisée ».

«  Ce n’est pas sans raison que les fidèles ressentent de la confusion, qu’ils se sentent désorientés, jusqu’à éprouver un sentiment d’abandon. (…) A Fatima, nous trouvons les moyens donnés par Notre Dame de répondre à cela :

– Dire le chapelet chaque jour ;
– Porter le scapulaire brun ;
– Faire des sacrifices en de sauver les pécheurs ;
– Réparer les offenses à son Cœur immaculé au moyen de la dévotion des premiers samedis ;
– Convertir toujours davantage nos vies au Christ. »

Et pour finir cette demande qui s’adresse au pontife romain de consacrer la Russie à son Coeur immaculé en union avec tous les évêques du monde.

Mais là encore, les fidèles peuvent jouer un rôle  en signant ici l’appel lancé par le cardinal Burke.


• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner




© leblogdejeannesmits



 
[]